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Le labyrinthe du désir
Un nouveau jour

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Ce texte participe à l'activité : Écrire à travers les personnes

8:00 AM. Le smartphone de l’Américain vibre en diffusant « What's Happened Along My Life » des Ozark Daredevils. « Tu ronfles comme le moteur de ma Land-Rover, Yankee. » Les mots murmurés tout près d'Ulysses, les lèvres contre contre sa peau, ne paraissent pas le décider à émerger de sa torpeur. Les relents d’hommes et de whisky planent encore dans la chambre. « C’est quoi cette mélopée country ? C’est radio ‘hillbilly’ ? » Ulysses grogne, lui attrape la main pour s’enserrer avec son bras : « You got a Land-Rover Doc ? ... I’m amazed. » Ouranos lui passe un doigt léger sur l’épaule. « Tu devrais prendre plus de photos de toi. Pas seulement du monde. » Ulysses ouvre un œil. « T'es mon sujet préféré maintenant, Doc. » Sa voix est rauque, traînante, l'accent des Ozarks encore plus épais. Ouranos tente d’atteindre l’Iphone pour interrompre la mélopée. Ulysses lui attrape le poignet : « Fuck yourself ! C’est Springfield qui te parle ! »

Springfield, Missouri. Les ‘States’. Ouranos y avait séjourné quelques semaines – faveur octroyée par ses parents – dans le Tennessee, Shelbyville, paumé entre Chattanooga et Memphis, dans le cadre d’un voyage scolaire. Il se souvient. Il voulait rester là-bas et devenir citoyen des États-Unis d’Amérique du Nord. « Tu m’emmèneras dans les Ozarks ? » - « Tu délires, déjà de bon matin ? » - « J’ai envie de traverser le Mississippi. » - « Je ferai tout ce que tu veux. Mais d’abord, serre-moi dans tes bras. »

Un coup de vent vrombit jusque dans les aérations. Ouranos pense aux micocouliers qui doivent s'agiter comme les bras de poivrots avinés. « Tu te rappelles que Léo organise une fête pour la Chandeleur. Trois jours de musique et d’agapes. » Il voit le sourire d’Ulysses. « Tu m’as promis de m'emmener dans ta maison paumée dans les garrigues. Je veux voir où le Doc hiberne pendant la morte saison. » Le jour commence à grisonner. Ouranos ferme les yeux, imagine déjà la lumière du couchant sur les arches du Pont du Gard, la peau d'Ulysses à peine réchauffée par le soleil bas, ses mains qui le caresseront, ses bras qui vont l’enlacer. Une autre première fois pour Ulysses ? … Il durcit contre lui en l’imaginant s’offrir à son tour. « On y va cet après-midi. Avant la fête. » Sa main trouve celle d'Ulysses, leurs doigts s’enlacent. Le vent se calmera peut-être. « Je me trompe ou tu es déjà excité de ce que nous allons y faire ? » - « Ah ? Et que crois-tu que j’imagine quand tu me parles de ce que nous y feront avec ce ton narquois ? Faire du macramé ? » Ulysses se tourne soudain face à Ouranos : « Que ma seconde première fois est déjà dans le tuyau, Doc ! » Et il interrompt brusquement Justamond sur le point de lui répondre. « And you just shut up le Français ! You know what ? », et il frotte son sexe dur comme une batte sur celui d’Ouranos : « Parce que j’en ai so bad envie ! » - « Dis-donc Yankee, c’est moi qui suis insatiable ? » Ils célèbrent ces promesses par des caresses et des câlins, des confidences et des aveux qu’eux seuls peuvent entendre et n’ont jamais eu l’audace de prononcer. Ils atteignent l’extase sous la douche, enveloppés dans les senteurs d’un savon à la fleur de vigne en babillant des mots d’amour aussi tendres qu’obscènes, chacun ayant pour l’autre les gestes idoines pour une hygiène parfaite. Ils se sèchent, procèdent aux dernières touches, brossage de dents, crème sur le visage, parfum ... « Grey Flannel de Beene ! Tu es finalement très sophistiqué pour un hillbilly. » - « Fuck les Français ! Vous avez toujours un jugement sur tout. » Mais il sait qu’Ouranos le taquine. « Et toi ? J’ai senti une chose assez déroutante sur toi, quelque chose que pourrait porter une femme … » À son tour de provoquer Justamond. « Tu ne crois pas si bien dire Yankee ; ‘Vent vert’ de Balmain. Un parfum donné pour féminin. C’est mon côté femme, et ça t’a séduit apparemment. » - « Marcelin et Léo ont raison, t’es un sorcier ! Tu as fait de moi un pédé ! » - « Ça n’a pas l’air de te déranger tant que ça mon Yankee adoré. » - « C’est vrai, tu m’aimes ? » - « Plus que cette nuit, et moins que tout à l’heure. » Ils s'habillent enfin. Ouranos devra passer à son bureau pour troquer son pantalon en lin contre un cargo : « Ça te dérange que je m’habille comme toi ? » - « Parce que tu portes aussi des hoodies et des jeans ? Non. Ça m’excite de jouer aux twins. Pédés en plus, un must ! Trop transgressif. » - « Tu es un vrai galapiat Uly. » - « Gala … quoi ? » - « Un garnement, un polisson, rascal, scamp. » - « À nos âges, jouer à Dad & Son, ça aussi ça promet ! » - « Tu me trouves vieux ? » - « Ne sois pas débile ; on dirait un adolescent qui s’est virilisé trop tôt. Je ne suis pas psy, mais tu donnes l’impression d’adoucir ce caractère par ton style dandy enveloppé dans un parfum pour femme. » - « Touché... coulé ! Comme cette nuit. » Cette dernière phrase laisse Ulysses perplexe, presque interdit. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » - « Les doigts d’une main sont trop nombreux pour compter le nombre de fois où je me suis fait … baiser. » - « Tu as le sens de la formule Doc. Plutôt baiseur ? » Ouranos s’approche d’Ulysses et lui caresse l’épaule : « Et tellement heureux de t’avoir senti au plus profond de moi Yankee. Et pourtant, quand tu m’as dit ‘tourne-toi’, j’ai hésité. C’était avant de me lâcher en t’obéissant. Et putain comme j’ai aimé ça ! » Ulysses dépose un baiser sur ses lèvres : « Le prochain coup il est pour moi Doc. Promis ? » - « Promis. »

Publié le 02/01/2026 / 50 lectures
Commentaires
Publié le 08/01/2026
La complicité entre Ulysses et Ouranos est palpable, un mélange d’humour et de tendresse. J’admire la façon dont tu captures leurs personnalités, révélant des émotions dans chaque échange. Les souvenirs d’Ouranos ancrent leur relation. Les dialogues sont vifs, pleins de vie. L’atmosphère intime que tu crées invite à ressentir ce qu’ils vivent. Merci Virgile de partager tout ça avec nous :0)
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