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Lettre d'une repentie à un Juge

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Ce texte participe à l'activité : Encre et rédemption

Monsieur le Juge, je viens très humblement, demander votre bienveillance, pour l’obtention d'une remise de peine. En effet, J’ai été condamnée à dix ans de prison ferme pour conduite en état d’ivresse avec circonstance aggravante avec pour conséquence la mort d’un petit garçon de 5 ans.



J’imagine déjà ce que vous vous dites, je n’ai eu que ce que je méritais. C’est aussi mon avis. Jamais au cours de mon existence, je n’aurais cru un seul instant, être là cause de la mort d’une personne. 



Je me souviens encore du carambolage, des cris, de l’odeur de l’essence, des sirènes de police et de ma personne au milieu de l’asphalte, complètement hébétée en regardant l’enfer qu’elle avait causé.



Je me souviens encore des parents en pleurs devant le corps brisé de leur petit. Étendu sur une civière, on aurait pu le croire endormi sans l’énorme plaie sur son abdomen, que sa mère essayait tant bien que mal de cacher avec son foulard. Cette vision me hante nuit et jour, et aussi longtemps que je vivrais, elle ne s’estompera jamais de ma mémoire.



Je sentais des regards accusateurs sur moi pendant qu’un policier me menottais et m’engouffrais dans la voiture de police. Mais aucun reproche ne m’aurait plus repenti que le corps sans vie de cet enfant. En cet instant, j’aurais échangé ma vie contre la sienne sans hésiter.



Cette journée horrifique avait pourtant bien commencé, du moins aussi bien qu’elle pouvait l’être étant donné ma vie dissolue. J’ai été élevée par ma tante après que ma mère ait été emportée par le VIH/SIDA quand j’avais 5 ans. Je n’ai aucun souvenir d’elle. Mais tout le monde s’accorde à dire qu’elle était très belle et que je lui ressemble beaucoup.



Je me suis toujours sentie de trop dans la maison de ma tante. Ce sentiment était exacerbé par le fait que ma tante prenait toujours le parti de mes cousins en cas de conflit, même lorsqu’ils étaient en tord. J’héritais de leurs vieux affaires et j’ai rarement eu mes propres affaires à moi. Pour échapper au sentiment d’étouffement que je sentais poindre en moi chaque fois que je me retrouvais avec ma famille, j'avais pris l’habitude de traîner dans la rue.



Mais ce sentiment de mal être ne me quittait jamais, accentué par le harcèlement dont j’étais victime. Les gens considéraient que j’étais une traînée à cause de la maladie de ma mère. Les garçons de mon lycée ne manquait pas l’occasion de me tripoter et les filles de me faire des remarques insultantes. Et les adultes ne remarquaient rien ou faisaient semblant de ne rien remarquer.



Tout ce cirque s’est arrêté quand j’ai cessé d’aller en cours. Puis, j’ai rencontré mes deux amis. Pour la première fois, j’ai noué des liens étroits avec des êtres humains et je me suis sentie pleinement acceptée. Ils ont été à la fois mon salut et ma déchéance. J’aurais tout fait pour préserver mon amitié avec ces adolescents cools. J’ai adhéré à leur mode de vie. Je vivais dans la rue et je vivais de vols à l’étalage et de petites escroqueries. J’ai commencé à consommer de l’alcool et de la cocaïne de manière récréative, jusqu’au moment où je n’ai pas pu m’arrêter.



Cette descente aux enfers s’est arrêtée le jour fatidique. C’était l’anniversaire de mes vingt ans sur Terre. J’avais fait la fête jusqu’au matin. Après une soirée arrosée qui sentait la poudre, j’ai comme même pris ma voiture, alors que je planais. Je me suis endormie au volant et je ne me suis rendue compte que je roulais en sens inverse qu’après mon réveil.



Je ne vous raconte pas ma vie pour me trouver des excuses. Il est vrai que la vie m’a affublée de mauvaises cartes, mais ce sont mes propres choix qui m’ont conduit sur ce chemin tortueux. Je veux juste vous montrer tout le chemin que j’ai parcouru.



 La prison a été un excellent professeur. Ici, j’ai appris à lâcher prise. Les murs et le temps m’ont appris la patience. J’ai aussi fait un énorme travail sur mon caractère et je me suis débarrassée de cette colère qui m’étouffait.



J’ai conscience de tout le mal que j’ai fait à cette famille. Je revois encore cet enfant dans mes cauchemars. J'ai toujours son nom sur le bout de ma langue. Je m'imagine souvent ce qu’il aurait pu devenir. Aurait-il pu être un génie ? Aurait-il pu découvrir le remède du VIH ? Aurait-il pu changer le monde ? Toutes ces questions me hantent, d’autant plus qu’elles n’ont aucune réponse.



La remise de peine que je vous demande n’est pas destinée à soulager ma vie. Rien au monde ne pourrait le faire. Je pense que la prison m’a enseignée ce que j’avais besoin d’apprendre. Je serai plus utile à la société en racontant mon histoire et en sensibilisant sur les conséquences de l’alcool et de la drogue. Mon expérience est un excellent atout pour parler de préservation avec les jeunes désœuvrés. Je suis à même de les comprendre parce que, justement j’ai été à leur place. Je suis certaine que je parviendrai à les maintenir loin de la rue et à les garder sur les bancs de l’école. C’est le meilleur moyen de randomiser mes longues années de prison.



En espérant que vous accéderez à ma requête, je vous prie de croire monsieur le Juge, en mes profonds regrets.



 


Publié le 27/11/2021 / 9 lectures
Commentaires
Publié le 28/11/2021
Bienvenue et merci pour votre participation touchante. La mort d’un enfant est probablement ce qu’il y a de plus difficile à pardonner, et il a fallu beaucoup d’éléments pour parvenir avec une grande sincérité à permettre cela. Il y a un terrible remord, sincère, qui a aucun moment ne souhaite se soustraire à la responsabilité. Il y a un parcours, non pas pour excuser encore une fois, mais pour montrer une trajectoire et qu’il est possible de la dévier même si elle a été très mal engagée. Et puis enfin il y a la réparation utile envisagée, car c’est bel et bien dehors et en témoignant, en faisant un travail de prévention que bien d’autres drames pourraient bien être évités. C’est fort et c’est émouvant. Bravo et merci.
Publié le 28/11/2021
Bonjour Astriate, je prends connaissance de votre demande. En ma qualité de juge, il est bien difficile de légiférer dans le cas présent. La mort d'un enfant n'est jamais acceptable, et si je prends note avec beaucoup d'attention de votre parcours bien douloureux, il n'en reste pas moins que l'alcool a pris la vie de l'innocence. Et même si je dois avouer être ému par votre histoire, je ne sais pas si cela suffira à infléchir ma décision. Pour la première fois, je vais m'en remettre à la décision d'un jury populaire que je nomme sur l'instant:
Publié le 28/11/2021
En ma qualité de juge, je déclare effectif le jury suivant: Vickie, Vivi de Pirouly, AE Myrian, Allegoria, Vera Mylène, Cassou. Chaque membre du jury prendra connaissance de votre demande et votera en son âme et conscience. Mon verdict suivra la décision de la majorité des voix. La séance est levée.
Publié le 28/11/2021
La trajectoire est troublante et le repentir sincère. Ça donne envie d'en lire un peu plus. Merci :-)
Publié le 28/11/2021
Non seulement de votre participation réussie au défi, mais aussi de nous donner l'occasion de le prolonger ! Au plaisir de vous relire, et je constate que c'est imminent :)
Publié le 02/12/2021
Le repentir...ah lalalala et les cauchemars Bravo bonne continuation. Kissous
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