L’histoire incroyable du bout qui n’arrive jamais

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L’histoire incroyable du bout qui n’arrive jamais ! 

 

Le bout du bout a-t-il un bout

ou est-ce que le bout, par principe, refuse de finir ?

 

Le bout du bout a-t-il un bout ou continue t'il ? 

 

J'ai l'impression que le bout s'allonge, on croit arriver au bout, mais le bout n'est pas là! Le bout a bougé au fur et a mesure que j'arrivais au bout ! 

 

Parce que moi, j’y allais.

J’avais repéré le bout.

Un vrai bout.

Un bout sérieux.

Un bout qui avait l’air de dire :

« C’est ici que ça s’arrête. »

 

Alors j’ai avancé.

 

Mais plus j’avançais,

plus le bout s’éloignait.

Pas pour partir.

Juste pour rester devant.

 

Le bout avançait exactement à la même vitesse que moi.

Ni plus vite, pour ne pas se faire remarquer.

Ni plus lent, pour ne pas être rattrapé.

 

Un bout prudent, je dirais ! 

 

Ou Un bout intelligent.

 

Alors je me suis arrêté.

Pour voir.

 

Eh bien le bout aussi.

Immédiatement.

Comme s’il disait :

« Tu vois ? Je ne fuis pas. Je t’attends. »

 

Mais dès que je repartais…

il repartait.

 

Je me suis dit :

« Bon. Je n’y suis pas encore. »

J’ai continué.

 

Et là, j’ai compris :

le bout n’était pas en avance ni en retard,

il était en mouvement.

 

Puis, soudain,

le bout arriva à un sens giratoire.

 

Je me suis dit :

« Ça y est.

Il est obligé de s’arrêter.

Il n’a pas la priorité.

Je vais pouvoir le rattraper. »

 

Eh bien oui .

 

Le bout arriva au sens giratoire

et il laissa la priorité.

 

Mais pas à n’importe qui.

Il laissa la priorité

à d’autres bouts

qui passaient déjà.

 

Parce que c’était un sens giratoire

pas debout,

mais de bouts.

 

Enfin…

pas debout.

De bouts.

 

Un sens giratoire où tournent des bouts.

Des bouts qui ne vont nulle part,

mais qui tournent quand même,

parce qu’ils ont le sens du sens giratoire.

 

Alors le bout attendait que les bouts passent.

Et moi, derrière le bout que je suivais 

je fis exactement la même chose.

 

Je donnais la priorité

au bout.

 

Les bouts passaient,

repassaient,

tournaient.

 

Quand il n’y eut plus de bout qui passait

ce qui arrive rarement

le bout que je suivais s’engagea.

 

Alors je m’engageai aussi.

 

Et nous repartîmes,

lui devant,

moi derrière,

dans le bon sens,

le sens giratoire,

le seul sens que le bout connait 

 

Depuis,

je continue à suivre mon bout.

 

Je sais maintenant

qu’il n’ira jamais nulle part,

mais qu’il passera

par tous les sens giratoires possibles

avant de ne pas arriver.

Et moi je tourne en boucle avec le bout qui me précède et que je ne dépasserai jamais ! 

 

Ah moment donné je me suis même demandé si le bout que je suivais n’était pas seulement mon ombre ! 

Et si je m’étais pas fait avoir ! 



 

PS : Le sens giratoire! Un hommage à Raymond Devos 


Publié le 08/01/2026 / 15 lectures
Commentaires
Publié le 08/01/2026
Un régal. On sent bien la palette verbale de Raymond Devos. Au bout du conte, on n'a pas envie que le conte s'arrête...Bravo !!!
Publié le 08/01/2026
Merci, c’est vrai j’avais encore matière. Ça reste ouvert pour une suite :-)
Publié le 09/01/2026
Bonjour Michel et bonne année. Ton bout m’a fait tourner la tête. On croit le suivre, mais c’est lui qui mène la danse. Peut-être qu’il n’y a pas de fin, juste des tours à prendre avec légèreté. Après tout, le bout, c’est peut-être ce qui nous fait marcher. Une voyageuse du presque-arrivé.
Publié le 09/01/2026
Merci Mary. Si le bout nous fait marcher, alors je veux bien continuer à le suivre. Le presque-arrivé me va très bien.
Publié le 09/01/2026
Cette exploration du mouvement et de l’attente est à la fois ludique et profonde. Elle évoque cette quête sans fin, cette errance qui nous connecte à notre propre parcours. J’aime la façon dont tu manipules l’illusion d’une arrivée. Et puis, j’ai souri, à toi, et à Devos, en voyant se pointer le bout du nez du giratoire. C’est un vrai plaisir de te lire, une belle invitation à réfléchir sur le sens de nos routes. Bravo ! :)
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