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Le labyrinthe du désir
En avant !

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Ce texte participe à l'activité : Écrire à travers les personnes

Le petit déjeuner vient signer une autre conquête du HillBilly des Ozarks : se faire servir des scones accompagnés de sauce ‘sawmill’, deux parts de tarte aux pommes, frites, une pour chacun, du café noir … Ouranos est comme, médusé : « C’est quoi cette tambouille ? Ça sent la friture et le cochon. » - « Un avant-goût des Ozarks docteur Freud. J’ai un ticket avec le cuisinier. Ils m’aiment bien ici. L’an dernier j’ai élu résidence ici-même. Alors je me suis risqué à demander ce qu’il m’était impossible de demander en Ukraine et à fortiori en Afghanistan ; un biscuit nappé de sauce à la viande, la sawmill que le cuisinier réalise avec la graisse de chipolatas. » - « Et les deux jaunes d’œufs ? » - « Un à mélanger à ton café. J’ai longtemps détesté cette chose, mais les Français font du bon café. La sauce, elle nappe, salée à souhait, exquise et inexplicablement réconfortante, comme tes premiers mots d’amour Doc. Je ne l’ai pas encore essayée sur des croissants, mais j’ai prévu. » La fourchette d'Ouranos plane au-dessus de l'assiette, interdit. « Tu veux vraiment que je mange ça ? » Ulysses éclate de rire. « On dirait que tu t’apprêtes à goûter une marmelade de larves d’insectes. La sawmill sauce n’est guère plus repoussante qu’un vieux camembert étalé sur du pain rassis. » - « OK, mais un jaune d’œuf dans le café du matin, c’est weird. » Ouranos y trempe ses lèvres en grimaçant. L'américain a posé son coude sur la table, le menton calé dans la paume, et le dévore des yeux avec une intensité qui ferait rougir un hardeur. « Quoi ? », grogne Ouranos en essuyant une goutte de sauce au coin des lèvres. Ulysses se penche en avant, assez près de l'oreille du Français : « Je pourrais signer un contrat avec le diable pour te voir comme ça tous les matins. » Ouranos sent son slip devenir soudain très étroit.

Ils quittent l’hôtel dans une bourrasque de mistral, de rires et de coups de coude. Au coin de la rue, Léo surgit comme un muppet show, les cheveux en bataille et le sourire jusqu'aux oreilles. « Alors les amoureux, prêts pour la teuf ce soir ? ». Ouranos échange un regard avec Ulysses – même complicité, même excitation. « Nous y serons. » Direction le boulevard Alphonse Daudet pour rejoindre le cabinet d’Ouranos. En remontant Victor Hugo, il se revoit attablé à ressasser sa dernière consultation quand une réminiscence surgit ; il avait vu passer Ulysses devant la terrasse sans même se douter qu’il le retrouverait devant la vitrine du Promeneur Solitaire, librairie portant le numéro 22, parfois attribué au Mat du tarot de Marseille, la veille, le 2 février. Le 2/2 en quelque sorte ! « Il me revient qu’hier je buvais une bière quand je t’ai vu descendre le boulevard en direction des arènes. Mais c’est devant la librairie que je t’ai … retrouvé. » - « Tu me cherchais ? » - « Même pas. C’est maintenant que je fais le lien. » - « J’ai eu beaucoup de chance alors. » Il passe son bras autour des épaules d’Ulysses. « Tu es adorable. Je suis aussi très chanceux depuis hier. » Cinq minutes leur suffisent pour gagner le bureau d’Ouranos. L’endroit est vaste, équipé comme souhaitable, depuis le bureau proprement dit jusqu’aux étagères peuplées de livres et d’objets divers, pour la plupart des divinités païennes et des pierres fines, en passant par une méridienne de facture très moderne auprès de laquelle est posée une table basse. Un lieu où l’on peut tenir salon dans le plus grand confort. Le soleil ne traverse pas les fenêtres qui donnent sur le boulevard. Il est encore trop tôt. Elles s’ouvrent probablement vers l’ouest. « Ce n’est pas un bureau, c’est un appartement ! Un bel appartement. » Ouranos vient de disparaître dans une pièce adjacente où Ulysses se presse de le retrouver, quasiment nu en train d’enfiler un nouveau slip. « Tu es torride, nu en chaussettes noires. De vulnérable tu es transformé en bombe sexuelle. » Ouranos lui jette un pantalon cargo : « Mets ça ! Tu seras tout aussi sexy que dans ton denim ‘moule-boules’. Tu veux un slip avec ça ? » Il poursuit l’exploration de l’armoire où se trouve de quoi habiller une cohorte de randonneurs ou de clubbers, au choix. Quand il se retourne pour lui proposer une paire de chaussettes, Ulysses presque à poil lui jette son caleçon à la figure. « Tu veux aussi les chaussettes ? » Ouranos se rue vers lui et l’attrape. « C’est un plan odeurs que tu cherches ? Chenapan ! » - « Peut-être, Doc. Faut voir. Meanwhile, ce n’est pas prisonnier de tes grands bras que je pourrai revêtir tes fringues de militaire reconverti en baroudeur obsédé d’urbex. » Justamond ricane et le serre plus fort : « Et ‘meanwhile’, ça ne s’appelle pas un jugement ce que tu viens de dire ? » Collés l’un à l’autre ils se sentent durcir. Leurs bouches s’effleurent. « Tu as raison Doc... Tu sens ce qui nous arrive ? » - « Oui, et ... » - « Lâche-moi et file-moi un boxer. Tu dois certainement avoir ça dans ton dressing. Et quitte-moi ce speedo, ça fait tapette. » - « Oh ! Hé ! Tu va pas commencer à me parler comme mon con de père ! » - « Sérieux ? Il te traitait de tapette ? » - « Jusqu’à ce que je lui foutte mon poing dans la gueule. Mais nous reparlerons de ça plus tard Yankee. Habille-toi ! » Ouranos se débarrasse du slip pour enfiler un boxer. « Tiens, mets ce bonnet. Le climat se réchauffe mais le soir on est encore loin des tropiques. » Il enfile des baskets de randonnée, puis il récupère un sac à dos où il enfourne deux chemises prévues pour protéger du froid sous le regard médusé - quoiqu’un rien amusé – d’Ulysses. « Tu es incroyable Doc ! Un être à part. Sophistiqué et rustique. Cérébral, volontiers animal. Docile, mais rebelle, aussi, sans aucun doute. » Ils sont équipés pour le week-end. « Il ne manque plus que de quoi boire et manger, boire surtout, mais nous verrons ça plus tard. Nous ferons escale à Uzès dans un restaurant. Ça te va Yankee ? » - « C’est OK Doc. » Sur un coin du bureau, un paquet de cartes faces cachées. Ulysses tend la main en regardant Ouranos. « Je peux ? » - « Je t’en prie. » Il retourne la carte du dessus : Le Mat. « Il est beau. Il te ressemble. » - « Il te ressemble aussi. Nous lui ressemblons toi et moi. Sauf que depuis hier, nous ne sommes plus seuls et qu’au moins pour aujourd’hui nous avons fixé notre destination. » - « Je m’y reconnais, à barouder avec mon sac à dos. Le chien ? C’est mon passé qui me colle aux baskets. » - « Tu connais le tarot ? » - « Il y a des hillbillies new-age qui le connaissent bien dans les Ozarks. Je me suis aussi intéressé à cet héritage de la vieille Europe. » Ulysses manipule l’étui à cigarettes en cuir – marquage militaire effacé, coutures refaites à la main. « C’est quoi ce truc ? » Ouranos pivote promptement. « Question piège. Si tu l’ouvres, t’embarques pas pour les garrigues ! » Ils se jaugent du regard, dans un silence qui ferait craquer le plancher si le sol n’était pas carrelé de tomettes. Finalement, Ulysses repose l’objet avec un claquement sec. « Allons-y ! » Dehors, le mistral pourrait arracher des tuiles. Ouranos vérifie son téléphone – trois appels manqués de Léo. « On va rater le déjeuner si on traîne davantage. » Il lance son sac à dos à Ulysses. « Tu as trente secondes pour choisir trois ou quatre bouquins. Sans trop regarder les titres. » Le sourire d’Ulysses s’élargit quand ses doigts rencontrent une édition des Bucoliques de Virgile, coincée entre Carl Jung et Carl Rogers.

Ouranos a garé sa voiture dans le parking des Antonins, une vieille Land Rover couverte de poussière et de traces de boue. « C’est ça ton truc ? » demande Ulysses en passant un doigt sur le capot. « Mon truck ! » Ouranos ouvre la portière côté conducteur. « Il a du caractère. Comme toi. Un peu plus docile, peut-être. » Ulysses grimpe à côté de lui, s’installe confortablement. « Où va-t-on exactement ? » Ouranos démarre le moteur. « La maison est à vingt minutes, une demi-heure en ajoutant les ralentissement qui ne sont pas rares à cette heure. Au milieu de nulle part. Personne ne nous y dérangera. » Ulysses sourit, pose une main sur la cuisse d’Ouranos. « J’adore déjà l’idée. »

Publié le 02/01/2026 / 50 lectures
Commentaires
Publié le 08/01/2026
En avant. C’en est presque absurde de commenter chacun de tes textes. Il suffit de suivre le fil, de se laisser porter par le récit. Comme un bon livre qu’on ne lâchera pas avant un moment. Chaque échange entre Ulysses et Ouranos est une pépite, un clin d’œil à la vie qui pulse. On se retrouve dans leur complicité, dans leurs rires, dans cette quête de sens. J’ai hâte de voir où tu nous emmèneras encore. Alors je me tais, et je lis. Je laisse la magie faire son œuvre :)
Publié le 08/01/2026
Je donne un titre à chaque partie pour me repérer sur le site. Peut-être aussi pour faciliter les lectrices et lecteurs. Si je parviens à finaliser ce marathon, il est grand clair que le bouquin, s'il voit le jour, sera autrement organisé. Quant à la magie, ce n'est guère sorcier ; le tout, c'est de tenir (je suis une grosse flemmasse !) ;0)
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