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Oups, je suis vieux.

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          Ça doit être dur de vivre sur le port, de voir les bateaux qui partent sans jamais nous emmener. Si on n'y habitait pas, on n'y penserait pas. Ou on y penserait moins. Mais avec la moitié de l'horizon rempli par les voyageurs, comment oublier qu'on n'est pas parti ? Ou comment ne pas se rappeler qu'on est déjà rentré ?



          Il y en a qui disent qu'on peut voyager en lisant. C'est un peu comme prétendre qu'on arrêtera de fumer quand on l'aura décidé ou qu'on partira en vacances quand on estimera les travaux de la maison suffisamment avancés. En attendant, tu te prends une clope et tu passes l'été à suivre les travaux de construction de ta véranda ou de ta piscine, un bouquin en mains.



          Être vieux, c'est un peu triste. Mais être vieux au bord d'un océan de jeunes, c'est pire que merdique ! Et là, ce n'est plus une question de décision ou de choix. T'es vieux, t'es vieux. T'y peux rien.



          Il y en a quand même qui essaient, des dames d'âge mûr et davantage qui ne jettent pas le gant. Des hommes aussi d'ailleurs mais surtout des dames. Elles se tiennent droites. Elles ne lâchent pas la rampe. Chaque matin, elles font leur toilette avec la régularité d'un marathonien parce que maintenant, elles ont intégré que c'est une course de fond. Il faut tenir. Elles savent les fissures dans les pignons et les affaissements des annexes mais elles ne s'en laissent pas compter. Elles redoublent au contraire d'efforts. Et elles les persuadent presque et elles se persuadent presque. Et puisque ce qui est cru est, elles sont encore jeunes ou presque.



          Mais si tu ne vois pas toute cette jeunesse qui bouge, qui saute, qui sourit, qui danse, cette fraîcheur énergique, belle, rapide, brillante, en un mot si tu ne vois pas toute cette séduction, tu t'en fous. Si tu ne la vois pas, elle n'existe pas et tu peux t'enfoncer dans tes rides, dans ton gras, dans ta myopie, dans ta surdité, dans ta cécité, dans tes rhumatismes, dans ta libido décroissante, dans les recommandations de ton gastro-entérologue sans inquiétude et sans stress ! Tout est smooth dans ton monde de vieux ! Dans ton monde de vieux, toi, ça va. Y'en a qui ont une poche ! Toi, ça va ! T'es carrément pas mal tant que tu n'habites pas près du port.



 



 



 



 


Publié le 10/03/2023 / 45 lectures
Commentaires
Publié le 10/03/2023
merci Patrice pour cette belle participation, originale de surcroît. J'aime bien le contraste entre les trois premiers paragraphes et les deux derniers. En lisant les trois premiers, je me suis dit on peut s'y reconnaitre sans problème, ou pas. Je ne m'y reconnais pas du tout (je voyage avec les bateaux qui partent, j'ai arrêté de fumer mes 3 paquets de clopes/jour quand je l'ai décidé, je suis parti en vacances après 12 ans de travaux dans la maison...). En lisant les deux derniers, qui sont magnifiques, surtout le dernier, j'y ai vu diverses personnes qui m'entourent (les vieilles dames, l'enfoncement dans la vieillesse) pour finalement me dire quelle chance, j'en suis à l'opposé. Alors mille merci, ça fait du bien d'être bien en habitant loin d'un port ;-)) je trouve amusante ta phrase : "être vieux au bord d'un océan de jeunes, c'est pire que merdique ! Et là, ce n'est plus une question de décision ou de choix. T'es vieux, t'es vieux. T'y peux rien". J'ai quitté l'enseignement pour la raison unique de ne pas être vieux dans un océan de jeunes, et 19 ans après, des jeunes continuent de me courir après parce qu'ils ne me trouvent pas vieux. Je dise cela parce que la vieillesse est dans la tête. Même quand le corps ne suit plus, ce ne sont que les autres qui te disent si tu es vieux ou pas. Et cela a beaucoup évoluer dans le bon sens. MERCI
Publié le 10/03/2023
C'est en lisant la publication d'une amie que l'idée m'est venue. Nous étions ensemble en rhéto. D'ailleurs, je parle un peu d'elle dans "les démons". Sur sa page FB, cette professeure d'histoire, montrait une photo d'une de ses classes, les rhétos 2018, je crois. A travers "Les démons" je sais comment les souvenirs peuvent être douloureux. Et je sais comment elle, un peu comme moi, garde un souvenir idéalisé de la fin de nos secondaires. En outre, elle vient de perdre son mari, aussi issus de la promotion 1982. J'ai écrit ce texte en la plaignant parce que j'imaginais que ce devait être dur de voir à travers toute cette jeunesse les années qui ont fui. Alors ta phrase "J'ai quitté l'enseignement pour la raison unique de ne pas être vieux dans un océan de jeunes" confirme que ça peut faire se poser des questions. Tant mieux si ce texte t'a plu. ;-)
Publié le 11/03/2023
Qu'il est beau ton texte, j'ai quitté un bateau pour en retrouver un autre, celui qui éloigne des rives de la jeunesse. Ton texte est vraiment sensible et même si je n'ai pas encore atteint la cinquantaine, j'avoue y penser à ce qui va arriver, car je suis désormais plus proche de l'autre rive que de l'initiale... Mais c'est bien aussi de vieillir, car c'est être p^lus sage, avoir du recul, ne plus s'en faire pour ce qui n'est pas essentiel, et prendre une multitude de raccourcis pour doubler le temps qui reste... Merci Patrice, une nouvelle fois tes mots ont ce pouvoir de soulever chez le lecteur ses propres émotions, son propre vécu mais surtout sa propre réflexion. C'est bien écrit, et c'est participatif, c'est très bien.
Publié le 26/03/2023
J’ai trouvé votre texte sans complaisance envers la vieillesse et le vieillissement du corps. C’est certainement une époque de la vie difficile puisqu’elle précède la mort, mais je ne vois pas du tout les choses comme vous. Personnellement être entouré par des jeunes et la jeunesse me réconforte et me booste. Je ne vois pas du tout cela comme regarder un bateau et ne pas partir. Au contraire, c’est stimulant et ça ouvre des horizons qu’on peut découvrir. Pour moi, lire est une évasion que je pratique même en voyage ! ce n’est pas un pis aller. Vous êtes dur pour ceux qui essaient d’être soignés, personnellement je trouve que c’est un respect qu’on se doit à soi- meme et aux autres. Par ailleurs et De mon côté, j’ai toujours aimé me balader au port, voir les bateaux partir. C’est le mouvement qui créé la vie, quel que soit l’âge qu’on peut avoir. En tous cas, votre texte est bien écrit!
Publié le 26/03/2023
Merci beaucoup Évelyne d'avoir pris le temps de lire et de commenter ce texte. Je voudrais d'abord dire qu'il s'agit de littérature et non d'une analyse sociologique. C'est un élan ! C'est une pirouette ! C'est un jeu ! La métaphore entre les bateaux et les gens à terre avec la jeunesse et le troisième âge est l'idée à partir de laquelle j'ai -je vous rejoins absolument- extrapolé, exagéré, forcé le trait. Je viens de passer trois jours avec des étudiants en médecine et Waouw ! Quel bain de jouvence ! Quel rechargement de batterie ! Quelle belle énergie et quel enthousiasme ! "Vous êtes dur pour ceux qui essaient d’être soignés". Au contraire, à travers ce texte, j'encense ceux qui, malgré les affres de l'âge continuent à se battre, à se soigner. J'écris d'ailleurs qu'ils gagnent car ils persuadent les autres et se persuadent eux-mêmes. J'ajoute que donc finalement ils demeurent jeunes ou presque. "...elles ne s'en laissent pas compter. Elles redoublent au contraire d'efforts. Et elles les (les autres) persuadent presque et elles se persuadent presque. Et puisque ce qui est cru est, elles sont encore jeunes ou presque." "En tous cas, votre texte est bien écrit!" Merci ! ;-)
Publié le 26/03/2023
Merci beaucoup Évelyne d'avoir pris le temps de lire et de commenter ce texte. Je voudrais d'abord dire qu'il s'agit de littérature et non d'une analyse sociologique. C'est un élan ! C'est une pirouette ! C'est un jeu ! La métaphore entre les bateaux et les gens à terre avec la jeunesse et le troisième âge est l'idée à partir de laquelle j'ai -je vous rejoins absolument- extrapolé, exagéré, forcé le trait. Je viens de passer trois jours avec des étudiants en médecine et Waouw ! Quel bain de jouvence ! Quel rechargement de batterie ! Quelle belle énergie et quel enthousiasme ! "Vous êtes dur pour ceux qui essaient d’être soignés". Au contraire, à travers ce texte, j'encense ceux qui, malgré les affres de l'âge continuent à se battre, à se soigner. J'écris d'ailleurs qu'ils gagnent car ils persuadent les autres et se persuadent eux-mêmes. J'ajoute que donc finalement ils demeurent jeunes ou presque. "...elles ne s'en laissent pas compter. Elles redoublent au contraire d'efforts. Et elles les (les autres) persuadent presque et elles se persuadent presque. Et puisque ce qui est cru est, elles sont encore jeunes ou presque." "En tous cas, votre texte est bien écrit!" Merci ! ;-)
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