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Tu traverses la cour. Tu pousses la porte. Un bar sur côté gauche. Des fauteuils rouges. Plus loin la réception - hôtel réputé branché. C’est clair tu t’en moques. Récupérer chambre. Et clavier.  

Et elle - juste là devant toi.  

 

Rien dans ta tête ne fuite. Tu sens qu’elle te plait. Voilà tout. Tu oublies que tu voulais être tranquille. Elle se retourne. Échange de regards. Elle part – tu la rattrapes. Un verre ?   

Elle s’assied. Elle te sourit. Deux kirs. Musique douce. Tendance lounge. Ambiance à la fois décontractée et raffinée. Atmosphère feutrée. Elle se demande où elle a mis les pieds. C’est risqué.  

Tu es détendu. Tu lui souris. Les fauteuils aux lignes rondes sont profonds - moelleux. Et pas si rouges que ça. L’éclairage tamisé. Zen. Moderne. Et maintenant - il faut que tu dises quelque chose. 

 

Et elle - juste là devant toi.  

Elle se retourne. Échange de regards. Elle part – tu la rattrapes. Un verre ?  Elle sourit. Et marche vers l’ascenseur. Tu prends ta clé. Tu te diriges vers l’escalier. Texte aux phrases ébréchées. 

Attente que tu ne sais pas nommer. Jet sur l’écran. Abrupt mal foutu désordonné. D’un mouvement de tête et d'un sourire elle a dit non. Son regard dans le tien. Encore. 

Elle est loin. Ton visage en morceaux. Tu la perds sans la connaître. Tes yeux sombres. Ses yeux clairs. Chaos d’émotions. Tu es long à trouver le sommeil. Pas veloutés traversent l’épaisseur. 

Et elle - juste là devant toi. 

 

Taciturne ce matin. Tu as rêvé d'elle. Tu arrives dans le hall. Et tu la vois. Elle sort. Et tu la suis. C’est bizarre - et alors ? Elle se dirige vers la plage. Tu la laisses prendre un peu d’avance. 

Le temps est suffisamment mauvais pour que tu ne croises personne. La plage est vide. Le vent souffle. T’as le cœur à aimer. C’est agréable. Un parfum de sel une esquisse de baiser.  

Journée d’avant l’hiver. Te reviennent des bribes de poèmes. Mots d’intention particulière - murmurent. Tu t’approches et tu t’entends prononcer “mon amour mon ange mon trésor”. 

 

Et elle - juste là devant toi. 

Elle se retourne. Échange de regards. Elle part – tu la rattrapes. Elle fuit. Tu ralentis. Tu soupires. Gazelle aux galets d'or - fantasme. Ouvre-moi ta porte   grâce au corps clématite. 

Point. 

 

"C'est à la fois comme un mensonge et une vérité plus absolue. Plus intense que le fruit, le désir du fruit."                          La vie en relief (P. Delerm)


Publié le 09/12/2021 / 2 lectures
Commentaires
Publié le 09/12/2021
C'est juste magnifique ! Amour qui s'attrape, amour qui s'enfuit, l'écriture est minutieusement rythmée, "et elle" obsessionnelle redondance En bref j'adore!
Publié le 12/12/2021
Merci beaucoup beaucoup pour tes mots :) Comme ils font plaisir !
Publié le 09/12/2021
Je rejoins Vickie. Un vrai délice à lire pendant la pause méridienne quand quand l'envie nous manque (c'était le cas ce midi). Votre texte s'effeuille vite mais comme un feuilleté c'est assez croquant. La première lecture j'ai imaginé une scène avant d'en trouver une franchement différente à la relecture. Pour cette raison, je trouve que votre texte laisse beaucoup d'espaces à lire et se prête aux projections multiples: il peut épouser des imaginaires différents et autant de façon de désirer différentes. À la première lecture, j'ai pensé tiens, une héroïne façon Tinderella à la deuxième lecture, j'ai imaginé "Elle/Lui" dans une version plus âgée en séminaire de boulot. La dernière lecture m'a convaincue que plusieurs personnages ou espaces/temps se superposaient. En définitive, c'est assez insaisissable à l'image du désir. Bravo.
Publié le 12/12/2021
Myriam, ton chocolat chaud ton feuilleté vont me rendre gourmande ce mois de décembre ! Merci d'avoir prêté attention à cette notion d'espace : c'était important que chacun puisse y glisser son imaginaire :)
Publié le 10/12/2021
J'ai regardé tes personnages, j'ai humé l'air et tout et tout... un film... Comme des personnages du blé en herbe de Colette...j'aime kissous
Publié le 12/12/2021
Il n'y a pas de plus beau compliment :) Merci Vivi, ça me touche éno