Cher Monsieur Ducontrit,
j'ai pris connaissance de votre demande de liberté conditionnelle. Et je dois avouer que votre lettre m'a pour le moins surpris. En ma qualité de juge des libertés, je reçois quantité de demandes, la plupart subtilement tournées vers la culpabilité: On regrette, on songe aux victimes que l'on a faites, On est consumé par les regrets, on aimerait tant prendre la place du mort et qu'il soit vivant lui! Fadaises! L'humain est ainsi fait qu'il pense à lui-même et cela de manière passionnelle. Soit avant les autres. Et croyez bien Monsieur Ducontrit que le juge qui vous écrit n'échappe pas à la règle. Ma philanthropie n'ira jamais jusqu'à vous remplacer derrière les barreaux.
Moi c'est cette prose si personnelle, vive, tranchante, qui va pêcher l'air de rien dans l'eau de l'émotion. C'est abouti, ça fonctionne tout le temps. C'est comme un train qui roule... tchac, tchac. Vous me mettez le frisson à chaque coup Allegoria. Et pourtant, je ne suis pas facile à attraper. Je dissèque les mots, en bon écrivain, je cherche quand même un petite faille, une brèche pour la critique, et je ne trouve que du délicieux. Un pur joyau à lire.
Et j'en suis ravi. Vous le disiez seul, probablement attendu par personne. Je constate que cet homme n'est pas seul. Il vous a vous. Une amie fidèle à n'en pas douter. Et c'est une chance. Pour le reste, la levée d'écrou, je n'ai fait que laisser se faire une forme de logique. J'ai considéré que cet homme avait payé sa dette. Et bien que la prison ne me semble être qu'une triste solution, notre système n'en a pas prévu d'autres pour conjurer le crime. Alors il fut un temps où cet homme ne pouvait se soustraire à l'enfermement. Aujourd'hui, je crois que ce temps est révolu. Puisse l'avenir me donner raison.
Bien à vous.
Joli texte, j'adore la description des enfants à l'école, des élèves de maternelle et de leur enthousiasme face à la lecture! J'aime bien l'idée si réaliste du "j'ai autre chose à faire" pour rester finalement dans le canapé: tellement vrai, lol! la petite histoire d'amour entre les deux enfants aussi c'est très mignon. En bref j'adore!
J'attendais avec impatience ta lettre, et quelle réussite ! Elle est claire et concise. Aucun élément ne tombe à côté. Et tous ont leur importance. Défi réalisé haut la main :)
La prison "à été pour moi une école de la vie": c'est bien une réalité je pense.
De plus j'aime l'idée du condamné qui regrette et entreprend des études de droit pour se racheter: très beau texte qui met en valeur la rédemption.
Je rejoins Myriam, j’ai aussi eu un gros coup de cœur pour « Le manteau de soleil et l'écharpe d'étoiles bleues qui s'enroule sur nos cauchemars. » merci beaucoup, j’en redemande.
Le manteau de soleil et l'écharpe d'étoiles bleues qui s'enroule sur nos cauchemars... c'est formidable. Ça permet de bien commencer la semaine. Au plaisir de vous lire.
Gardez cet imaginaire Vickie, ce monde à côté du monde, fait de fantaisie et de tant de bonté et de tant de beauté. Il fait votre force et soigne sûrement vos peines.J'aime beaucoup votre fontaine aux songes.
LA FONTAINE AUX SONGES
Allez, viens avec moi à la fontaine aux songes :
Son onde régénère un esprit abîmé
Par le poids du réel et son lot de mensonges.
Une goutte suffit à venir arrimer
Dans les tourments d’une âme une écume de rêve
Pour adoucir un peu le cœur devenu lourd
A force de porter tous ces combats sans trêve
Qui l’usent chaque instant et ternissent l’Amour
Qu’il voudrait pourtant voir scintiller en l’espace,
Dans la nuit qui l’oppresse, dans ce sombre horizon.
Un brin de fantaisie et enfin il dépasse
Les tourments quotidiens et part en déraison.
Espérance liquide, ou porte imaginaire
Vers un ailleurs plus gai, aux cent mille couleurs ?
Viens boire l’élixir, petit coup de tonnerre
A la vie qui sommeille en son lit de douleur.
Allez, viens avec moi, allons à la fontaine
Goûter un peu cette onde aux soins miraculeux.
Viens plonger dans cette eau qui n’est pas si lointaine :
Garde les yeux fermés, rejoins le fabuleux !
Merci pour ce verdict clément. Ce monde dont vous parlez c'est peut être celui d'où je viens...ou en tout cas dans lequel je me réfugie quand le monde réel devient insupportable: il est fait de rêve et de magie, un monde interieur indispensable pour tenir le coup ici bas:
LA FONTAINE AUX SONGES
Allez, viens avec moi à la fontaine aux songes :
Son onde régénère un esprit abîmé
Par le poids du réel et son lot de mensonges.
Une goutte suffit à venir arrimer
Dans les tourments d’une âme une écume de rêve
Pour adoucir un peu le cœur devenu lourd
A force de porter tous ces combats sans trêve
Qui l’usent chaque instant et ternissent l’Amour
Qu’il voudrait pourtant voir scintiller en l’espace,
Dans la nuit qui l’oppresse, dans ce sombre horizon.
Un brin de fantaisie et enfin il dépasse
Les tourments quotidiens et part en déraison.
Espérance liquide, ou porte imaginaire
Vers un ailleurs plus gai, aux cent mille couleurs ?
Viens boire l’élixir, petit coup de tonnerre
A la vie qui sommeille en son lit de douleur.
Allez, viens avec moi, allons à la fontaine
Goûter un peu cette onde aux soins miraculeux.
Viens plonger dans cette eau qui n’est pas si lointaine :
Garde les yeux fermés, rejoins le fabuleux !
À présent que vous êtes sortie, je voudrais que vous cherchiez un monde à votre mesure. Un monde contemplatif où le temps laisserait aux hommes le temps de s'y aimer. Et si par chance, vous trouviez un jour un tel endroit, promettez- moi d'y conduire en pensée l'image d'un vieux juge, un vieillard fatigué d'arbitrer encore à la folie des hommes.
Vous êtes coupable Vickie! De tout ce que vous avez dit. Et plus encore d'aimer dans un monde qui n'aime plus. Vous vivez les choses trop grand et trop fort, le meilleur comme le pire. Vous croyez encore en la grâce de l'homme tandis qu'il se transforme en vampire prêt à tout pour survivre. En prison l'on essaie d'enfermer la haine des uns et la monstruosité des autres sans jamais y parvenir. Vous garder ici, Vickie, entre ces hauts murs, serait revenu à couper les ailes d'une colombe.
Voici bien longtemps déjà que l'on m'a conféré le droit de juger qui peut s'extraire des murs de nos prisons et qui doit y rester, figé dans la mélasse du temps et du désespoir. Le monde a changé Vickie. Je l'ai vu patiemment se disloquer sous les pieds d'un ogre mercantile, cynique et froid. Aujourd'hui, la violence a redoublé de coups et la mort n'est plus que ce mot de 4 lettres vide de tout son sens
Vickie,
Voici maintenant quelques jours que vous êtes sortie de prison. Le jury populaire a parlé et je crois qu'il a bien parlé. Et maintenant que le verdict est tombé, qu'il a fait de vous une femme libre, permettez-moi de vous adresser ces quelques mots..
"Me sentant sur le départ, il m’a conseillé de reprendre contact avec ma mère.
— Dites-vous l’essentiel, laissez la place au non palpable, posez-vous les questions qui vous tiennent à cœur, pardonnez-vous l’un l’autre et n’hésitez pas à vous embrasser. Nul n’est éternel. Le reste n’est que vanité". "J’ai repris tout doucement du service à la fin du mois de juillet, à l’heure où la masse salariale s’agglutine sur les routes du soleil"