Démon Émotionnel
Le parvis craque sous mes pas, une mosaïque de souvenirs brisés dont les arêtes déchirent mes pieds nus. Devant moi, la Porte d'Or Noir et d'Os se dresse comme une gueule béante qui refuse de se refermer. Elle vomit, inlassablement, un flot d'eaux noires et épaisses — le fiel de mes émotions trop longtemps contenues, une marée visqueuse qui vient souiller la pureté grise du désert.
Je ne suis plus qu'une silhouette drapée de haillons, des lambeaux de ma dignité passée qui me servent d'armure contre le vent de scories. Dans ce désert de cendres, chaque grain est un vestige de ce que j'ai aimé.
Puis, le sol s'anime.
D'abord une main livide, puis un visage aux yeux creux. Un à un, ils émergent de la poussière. Les morts. Ceux que j'ai perdus, ceux dont les cercueils sont restés ouverts dans ma mémoire. Ils ne viennent pas pour m'embrasser, mais pour s'agripper à mes haillons, leurs doigts squelettiques pesant des tonnes. Ils hurlent à mon oreille l'injustice de leur fin, ils murmurent …